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L'origine du carnaval est très ancienne....
C'est une fête qui depuis des siècles donne lieu à
de joyeux défilés fantaisistes, et ces moments extravagants
s'étendent en principe de l’épiphanie jusqu'au mercredi des cendres.
Les festivités essentielles se déroulaient pendant les "3 jours gras".
Durant ce temps de réjouissances, la population se déguise, se grime
ou s'empoudre le visage, se maquille jusqu'à devenir méconnaissable,
et tous les excès deviennent ainsi permis ! A la fin du carnaval,
commençait alors la période du carême où toute graisse,
viande et œufs étaient interdits.

« Parfois, ce ne sont pas les gens qui changent,
mais juste leurs masques qui tombent »

Traditionnellement les festivités du carnaval sont marquées
par des bals masqués, des défilés de chars bariolés, et par
des cortèges costumés dans les rues. Les beignets
et les bugnes seraient nés dans la Rome Antique.
A savoir, Paul II (1464-1471) taxait les juifs de Rome
pour financer les festivités de carnavals...
Aujourd'hui, le carnaval reste une survivance
des extravagances païennes
(bacchanales, lupercales, saturnales..)



Dans l’excellentissime film "Molière" d'Ariane Mnouchkine (1978)
une longue scène nous permet de mieux savoir comment se passait
le carnaval dans les ruelles d'une ville à l'époque de l'Ancien Régime !
Cet épisode est une synthèse de tous les carnavals en Europe !
Le jeune Molière, est dans le cortège, il assiste à l’un des derniers
grands carnavals qui embrasaient toutes les villes de France et de
Navarre à l’époque et qui seront bientôt interdits par Louis XIV.
Ariane Mnouchkine à travers ce film a voulu faire preuve d'un
réalisme dans les moindres détails. Son souci de précision et
de vérité est clairement manifeste. La caméra se fixe pour
aller mettre son œil dans tous les recoins au ras du sol,
aussi bien dans la boue crottée que dans les nuages.

Le fou de la ville donne le signal du carnaval,
c'est un moment spectaculaire du film...
Le bœuf arrive dans une atmosphère mystérieuse,
paré d'une coiffe figurant le soleil, comme en opprobre
destinée au Roi Soleil Louis XIV, de la part des habitants
qui défilent dans une sorte d'insolence mêlée à de la crainte.



Le "bœuf gras" était une fête liée au carnaval avant le jeûne du carême.
Le rituel voulait que les bouchers promènent l'animal comme symbole
d'abondance et pour dernière occasion de faire bombance
avant l'abstinence. Le Roi Carnaval était livré aux flammes
le soir du Mardi Gras (jour où était mangé le bœuf gras)
Dans la sphère intellectuelle il était souvent le sujet
principal de pièces de théâtre ou de chansons
politiques, satiriques ou carnavalesques.


(1 scène du film "Molière" avec le bœuf)

Au cours de cet épisode, peu à peu l'ambiance se grise de plus en plus,
mais soudain les sabots des chevaux foulent le sol terreux des rues
étroites et sombres...le carnaval tourne à l'émeute contre la venue
des collecteurs d'impôts, c'était en 1639 dans Orléans....
La séquence met l'accent sur le "malheur des temps",
la souffrance du peuple sous l'emprise de
la tyrannie de l'Église et celle du Pouvoir.

En parallèle, on comprends aussi comment le carnaval
incite à la débauche, n'étant autre pour la "populace"
qu'un besoin expressément nécessaire de défoulement.
Ce film, se veut être aussi une histoire du XVIIème siècle.
Pour bannir le péché, les dévots interdisent le traditionnel
populaire carnaval avec ses danses, ses plaisirs bruyants,
ses débauches dissimulées sous les masques. Le peuple
passe outre. La police réprime....Le carnaval d’Orléans fut
donc, l’un des derniers du règne de Louis le quatorzième.

"Carnaval au soleil, Pâques au tison"

"Quand Mardi Gras est de vert vêtu,
Pâques met des habits blancs"

(Philippe Caubère, l'acteur Molière)
La réalisatrice Ariane Mnouchkine souhaitait que son film "Molière" soit
"le plus fidèle possible aux mœurs et à l'état d'esprit du siècle qu'il évoque"
Être aussi proche de ce que fut une réalité, c'est réussi !!
La scène du Carnaval donne un tableau époustouflant du
gouffre entre les aristocrates français et son petit peuple.
"la France est un pays de trop lourde police" (dixit Descartes)

Dans cette France absolutiste des Louis XIII et XIV
on découvre graduellement qu'il y a un espace sans pont
entre la Tragédie empanachée, héritée d'auteurs grecs et latins
et la Comédie italo-espagnole bouffonne, grossière, enfarinée,
avec ses arts et ses pratiques carnavalesques issus
directement du Moyen Age français.


Voici l'extrait du carnaval en question, dans le film "Molière" :


Il s'agit de la plus belle séquence de carnaval
dans "Molière" fresque grandiose d'Ariane Mnouchkine (1978)
ce, depuis le film "Les enfants du paradis"
(monument du cinéma en 1945) de Marcel Carné-Prévert
