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idées, pensées, images, humour, avis,...en vrac. Petits jeux et trouvailles de toutes sortes.

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Le billet d'humeur de Yves Cusset....

 

 

 

UN BILLET DE LA PLUS COMPLÈTE INACTUALITÉ

ême si Socrate était généralement bien protégé, il n’était pas non plus à l’abri des contradictions. Il osait prétendre qu’il ne savait qu’une seule chose : qu’il ne savait rien. Curieuse affirmation. Dans ce cas, ne rien savoir n’a rien à voir avec tout ignorer, car rien peut quand même se savoir, au contraire de tout, qui s’ignore. Ce qui fait que rien a une extension variable et qu’il arrive qu’il contienne quelque chose, en l’occurrence au moins une seule chose : lui-même comme objet de savoir. On se demande du coup si Socrate aurait pu franchir la porte de l’académie de Platon, vu ses lacunes en mathématiques. Car chez lui, zéro est supérieur à un, au moins en dignité, et un ensemble vide, avec un ridicule effort, peut toujours contenir quelque chose, ne serait-ce qu’une seule chose. Et si cette unique chose se nomme tout, alors tout est contenu dans rien, un point c’est tout. Et si un point, c’est tout, alors tout est contenu dans un seul point, il n’y a pas d’autre point, il n’y a donc pas de droite, ni de plus court chemin, ni rien, il n’y a rien qu’un point, tout dans le point et rien autour. On voit toujours à l’horizon un rien qui point. Surtout le matin, regardez bien, vous ne verrez rien, vous verrez tout. Alors oui, tout est dans tout, mais ils sont tous deux abandonnés au milieu de rien.
Voilà qui invalide la question agaçante que le petit Leibniz avait posée à son instituteur avant même d’avoir fini d’apprendre à lire : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Si son instituteur avait pris le temps de s’en informer auprès de Socrate, ou de consulter Platon, ou en cas d’insuccès, de s’en remettre à Bouddha, il aurait pu lui répondre que la question est mal posée et qu’il n’y a rien, ou plutôt qu’il y a, oui, il y a effectivement rien, et quelque chose est compris dedans au point qu’il finit toujours d’une manière ou d’une autre (le plus souvent d’une autre) par se réduire à rien. Il n’y a rien avant la vie, rien après, et entre les deux il y a tout le temps d’une vie qui n’est rien qu’un point. Un point c’est tout, un point c’est rien. Pendant que quelque chose passe, rien dure. C’est pourquoi la vie est dure. Alors la seule question valable, la première, la plus fondamentale, c’est évidemment la question inverse à celle du petit Leibniz, qui aurait mieux fait de se contenter de savoir qu’il ne savait rien : pourquoi y a-t-il rien plutôt que quelque chose ? Je dois l’avouer, je n’en sais rien. Mais la question n’en cesse pas moins de me hanter, et il est probable qu’elle me hantera aussi longtemps qu’il y aura quelque chose, je veux dire aussi longtemps que quelque chose émergera sans raison de tout ce rien qui nous contient, pour venir nous chatouiller bêtement l’esprit et les sens sans qu’on ait les moyens de se défendre. Et quand quelque chose aura cessé de me chatouiller, il ne restera pas l’éclat de la réponse tant attendue, mais uniquement rien, le grand ensemble vide qui contient absolument tout et qui m’aura définitivement absorbé en lui pour ne plus jamais me faire sentir la douce caresse d’un petit quelque chose de rien du tout.

Alors on a bien le droit en attendant de s’amuser d’un rien, cela, c’est tout ce que je sais.

(Postface à "Rien plutôt que quelque chose. Impromptus métaphysiques")

 

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